Je vais commencer par une confidence : je suis toujours mal à l’aise quand je dois annoncer un prix. Même aujourd’hui. Et pourtant, c’est en me trompant sur mes propres prix que j’ai compris ce que « ça vaut la peine » veut vraiment dire.
Ce que j’entends vraiment quand on me dit « c’est trop cher »
Certaines personnes me disent qu’elles comprennent très bien pourquoi mes produits coûtent plus cher que ceux fabriqués en Chine. Elles comprennent que c’est local, fait main, unique, écoresponsable. Puis elles achètent du « pas cher ». Ce que j’entends derrière, c’est : « Peut-être que j’aimerais l’acheter, mais mon budget et mes habitudes me freinent. »
Je ne leur en veux pas. Le coût de la vie est élevé, l’épicerie est chère, et tu n’as pas besoin qu’on te fasse la morale en plus. Mais j’ai remarqué quelque chose : les personnes qui disent ça n’ont jamais acheté chez moi. Ce n’est donc peut-être pas une question de prix. C’est une question de distance entre elles et le produit.
Le papa du marché de Noël
Lors d’un marché de Noël dans ma ville, un papa s’est arrêté à mon kiosque. Il m’a écoutée parler de mon entreprise, de mes valeurs, de mon processus de création et de confection. Puis il a aperçu un motif suspendu derrière moi et m’a demandé de le voir.
C’était un tablier-serviette, une sorte de poncho pour la sortie du bain, à 60 $. Pour moi, c’était l’un de mes plus gros produits, et je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il l’achète. Il m’a dit qu’il en avait déjà vu et qu’il adorait le concept : très pratique pour bébé, et aussi pour l’adulte qui donne le bain. Et pour m’encourager, il a ajouté une doudou-étiquettes à 15 $. Total : 75 $.
Ce papa n’avait pas un budget illimité. Mais il avait vu le produit, il l’avait touché, il connaissait l’histoire derrière. Quand tu sais qui a cousu quoi, pourquoi et comment, le prix cesse d’être un chiffre abstrait.
Mon erreur : me sous-payer, moi
Je peux parler de prix avec honnêteté parce que j’ai fait l’erreur dans l’autre sens. Au début, je ne connaissais ni la valeur de mon travail, ni mon temps réel de production.
J’ai confectionné une couverture en patchwork de minky, un peu plus grande qu’une bassinette, et je l’ai vendue 125,14 $ avant taxes. Le tissu m’avait coûté environ 54,79 $ avant taxes : deux minky à motifs (0,5 m chacun à 24 $ le mètre) et du minky à bulles pour le dos (1,10 m à 27,99 $ le mètre). La confection m’a pris au moins quatre heures, à tout faire par étapes, en vérifiant chaque coupe pour ne pas gaspiller de tissu ni d’argent.
Il me restait donc environ 70 $ pour quatre heures de travail, soit à peu près 17,60 $ de l’heure, avant le fil, les taxes et le matériel. Et ces quatre heures ne comptent pas la recherche de tissus, les échanges avec la cliente, l’attente de son approbation, ni le déplacement pour acheter le tissu. Pendant tout ce temps-là, j’aurais pu travailler mon marketing et ma visibilité. J’aurais dû demander environ 150 $.
Quand j’ai corrigé mes prix, une autre cliente m’a demandé une doudou de 70 x 70 cm pour 125 $, le même prix que la grande couverture. Elle ne comprenait pas : pourquoi une petite doudou au prix d’une grande? Je lui ai expliqué que j’avais rajusté mes prix, parce qu’au début je ne connaissais pas la valeur de mon travail. Sa réponse était gentille : « Je comprends ça totalement, et je ne veux pas te critiquer, tu es très talentueuse. Mais je pense que je n’ai pas le budget pour faire faire une doudou pour mon amie. »
J’aurais bien voulu ce contrat, et j’ai été un peu déçue. Mais j’ai compris que la cliente ne voyait que la hausse, pas le rattrapage. Aujourd’hui, mes prix représentent mieux ce que valent mes produits. Et le sur-mesure, qui demande toujours plus de temps que mon prêt-à-partir, coûte forcément plus cher.
Ce que le bas prix coûte vraiment
Le bas prix a aussi un coût, et il se révèle souvent avec le temps. Dans les grandes surfaces, j’ai déjà tiré sur un fil de couture d’un vêtement fabriqué en Chine. Résultat : un trou de 5 cm. J’ai aussi eu une veste en faux daim teint noir qui déteignait sur mes doigts. Et j’ai acheté en friperie un portefeuille qui a tenu jusqu’à ce que le zipper lâche. Ce sont souvent les zippers et les boutons qui lâchent en premier.
Voici maintenant ce que j’ai vu de mes propres yeux chez mes clientes.
Le wetbag. Une cliente m’a montré son wetbag et m’a laissée l’inspecter jusqu’aux coutures à l’intérieur. Elle y glissait des maillots de bain détrempés d’eau et de chlore, presque tous les jours durant l’été. Après deux ans, il était encore presque comme neuf. Il avait coûté 25 $. En estimant 60 à 90 utilisations par été, ça donne environ 120 à 180 utilisations, soit entre 14 et 21 cents par utilisation. Et il peut encore servir.
Le pyjama. En 2019, j’ai confectionné un pyjama sur mesure pour une cliente, en bambou et en tricot de coton et lycra. Il coûtait près de 100 $. Je l’ai revu sur elle en 2026 : elle le porte encore, environ trois fois par semaine pendant les périodes plus fraîches, et il est en très bon état. En estimant 30 semaines par année, ça fait plus de 600 ports, donc environ 16 cents par port. Même avec une estimation très prudente, on reste sous 50 cents.
Dans les deux cas, il y a un secret que je donne à mes clientes : l’entretien. Je leur conseille de laver et de sécher au cycle délicat, à l’eau froide. Ce conseil prolonge la vie des tissus, et pour les produits en polyester, il aide aussi à limiter les microplastiques libérés au lavage. C’est particulièrement important pour les vêtements et accessoires de bébé, dont la peau est délicate.
Faire ta part, c’est déjà excellent
Dans le milieu de l’écoresponsabilité, on entend souvent des conseils qui me dérangent, parce qu’ils ne tiennent pas compte de ta réalité : tout doit être 100 % recyclé. N’achète qu’en friperie. Uniquement des fibres biologiques, du coton plutôt que du polyester, du lin plutôt que du synthétique.
Je ne comprends pas qu’on te pousse à être extrême. Ça ne représente pas ta vraie vie de maman, où tout va vite, où c’est parfois compliqué, où il y a une montagne de choses à gérer, à penser, à décider. Faire ta part est déjà excellent. Pas besoin d’être extrémiste pour faire du bien.
Voici ce que je constate sur le terrain :
- La friperie n’est pas toujours unique ni disponible. J’ai déjà vu en friperie plusieurs exemplaires du même modèle. Et pour trouver la bonne pièce, il faut pouvoir se déplacer, chercher et attendre. Sans voiture, par exemple, c’est beaucoup plus difficile.
- Même moi, je ne suis pas parfaite. Pour une doudou en mousseline de coton, il me manquait un dos. J’ai cherché sur les réseaux sociaux un reste du tissu voulu, sans succès. J’ai fini par l’acheter neuf. J’ai aussi utilisé du ruban adhésif transparent neuf pour couvrir mes sacs à collation faits d’anciens sacs de bonbons, pour que les sacs récupérés ne déchirent pas. Un peu de neuf peut donc prolonger la vie de l’ancien.
- Un tissu neuf peut quand même sauver quelque chose. J’ai utilisé une balance de velours côtelé 100 % coton, un reste de rouleau qui aurait pu se retrouver à la poubelle, pour confectionner des salopettes pour jeunes enfants. J’aurais préféré du tissu usagé, bien sûr. Mais je me dis que j’ai sauvé du tissu de la poubelle, et que j’en ai fait un vêtement qui te permettra d’économiser à long terme.
- Le polyester récupéré peut être un bon choix s’il dure. Mes wetbags et mes doudous en minky sont en polyester. Utiliser des fins de rouleaux ou des restes de tissu me permet de leur donner une seconde vie, et ces produits durent longtemps quand on les entretient bien.
Je vois mentalement tout ce que je sauve de jetable depuis que je suis toute petite : l’eau pour mes plantes, le papier d’aluminium et le papier parchemin en cuisine. Pour moi, c’est facile. Mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, et ce n’est pas grave. Chaque geste compte.
Que faire avec 100 $ ce mois-ci?
Imagine que tu es fatiguée, que ton budget est serré et que tu as 100 $ à dépenser ce mois-ci pour les vêtements et accessoires de tes enfants. Voici ce que je te conseillerais.
Achète évolutif et ample. Un vêtement avec des bandes évolutives, ou un vêtement ample, suit l’enfant plus longtemps. Je te conseille de prendre quelques tailles de plus que l’âge actuel. Un vêtement trop ajusté sera trop petit en quelques semaines, alors qu’un vêtement ample se porte des mois, voire des années. Mes chandails longs très amples sont à 45 $ pour du 3-5 ans : un même chandail peut servir à 3, 4 et 5 ans, soit environ 15 $ par année. Les leggings sans bandes évolutives, même à motifs amusants, se portent parfois quelques semaines seulement.
Choisis l’unisexe. Un pantalon court à motif unisexe peut passer d’une enfant de 3 ans à une autre de 7 ans. Mes deux jeunes mannequins l’ont d’ailleurs porté chacune sur les photos de mes produits. Le même vêtement aurait très bien fonctionné pour un frère et une sœur.
Évite le vêtement thématique à usage unique. Ce n’est pas le vêtement mignon que je déconseille, c’est celui qu’on porte une seule fois pour une seule photo, très Noël ou très Saint-Valentin. Ma règle : un thème, oui, mais est-ce que ça se porte encore en mai? Mes chouchous à cœur et mes salopettes, cousus pour une mini-collection de la Saint-Valentin, se portent toute l’année.
Mise sur les pièces qui servent à plusieurs. Voici le panier de 100 $ que je te mettrais dans les mains (prix avant taxes) :
- un chandail long ample, 3-5 ans : 45 $
- un wetbag : 25 $
- un coussin réconfort, à garder prêt à emporter n’importe où : 20 $
- un sac à collation fait d’anciens sacs de bonbons : 7,50 $
Total : 97,50 $.
Le wetbag est mon meilleur exemple de pièce multi-usage. Il sert d’abord pour les couches souillées, puis pour les vêtements de rechange à la garderie, puis pour les cours de natation à la petite école. Il suit l’enfant à travers les années. Une maman m’a d’ailleurs dit qu’elle l’utilisait pour ses maillots de bain plutôt que pour les couches : tu peux y transporter bien plus que du souillé. Le sac à collation convient à l’enfant, à l’ado et à l’adulte. Et le mois suivant, tu pourrais ajouter une doudou de secours (environ 60 $) à laisser dans la voiture, la poussette ou la coquille.
Alors, ça vaut la peine?
Oui, mais pas de la façon qu’on pense. Ce n’est pas une question de dépenser plus, c’est une question de dépenser mieux : moins de pièces, mieux choisies, bien entretenues, qui servent longtemps et à plusieurs.
Et si le prix te freine, c’est normal. Mais avant de conclure, regarde le produit de près, pose des questions, demande comment l’entretenir. Parle à la personne qui l’a cousu. Tu pourrais être surprise de ce qu’un vêtement peut te raconter.
Faire sa part, c’est déjà excellent.
Une dernière question pour toi
Si tu regardes la garde-robe de tes enfants, quelle pièce a le plus servi depuis un an? Celle qui a passé d’un enfant à l’autre, qui a survécu aux lavages, que tu attrapes sans y penser. C’est probablement elle qui te dit quoi chercher la prochaine fois.
Questions fréquentes
Est-ce que ça vaut la peine d’acheter des vêtements écoresponsables pour enfants avec le coût de la vie actuel?
Oui, si tu choisis moins de pièces, mais mieux choisies et bien entretenues. Un vêtement qui dure plusieurs années ou qui passe d’un enfant à l’autre coûte souvent moins cher à l’usage qu’un vêtement bon marché qu’il faut remplacer. Un pyjama d’environ 100 $ porté depuis 2019, par exemple, revient à moins de 50 cents par port.
Pourquoi les vêtements faits à la main au Québec coûtent-ils plus cher?
Le prix paie bien plus que le tissu et la couture. Il inclut la recherche des tissus, les échanges avec la cliente, les déplacements, la coupe, la confection, les vérifications pour ne pas faire d’erreurs et le temps de gérer une entreprise. Une couverture dont le tissu coûte environ 55 $ et qui demande au moins quatre heures de confection ne laisse, à 125 $, qu’environ 17,60 $ de l’heure avant le matériel et les taxes.
Comment calculer le coût par port d’un vêtement d’enfant?
Divise le prix payé par le nombre de fois où le vêtement sera porté. Un chandail long à 45 $ qui sert pendant trois ans, en tailles 3, 4 et 5 ans, revient à environ 15 $ par année. Plus le vêtement est ample, évolutif ou unisexe, plus le nombre de ports augmente et plus le coût par port baisse.
Faut-il acheter seulement en friperie pour être écoresponsable?
Non. La friperie est un excellent geste, mais elle n’est pas toujours possible : on n’y trouve pas toujours la bonne taille ou la bonne pièce, et il faut pouvoir se déplacer, chercher et attendre. Faire sa part, c’est déjà excellent, et un vêtement neuf bien choisi qui dure longtemps peut aussi être un bon choix.
Le polyester peut-il être un choix écoresponsable?
Il peut l’être quand il est récupéré, par exemple à partir de fins de rouleaux ou de restes de tissu, et qu’il dure longtemps. Un wetbag en polyester qui servait presque tous les étés à transporter des maillots mouillés était encore presque comme neuf après deux ans. Pour limiter les microplastiques libérés au lavage, lave les pièces en polyester au cycle délicat, à l’eau froide, surtout pour les articles de bébé.
Comment faire durer les vêtements et accessoires d’enfant plus longtemps?
Lave et sèche-les au cycle délicat, à l’eau froide. Choisis des coutures droites et solides, et surveille les fermetures éclair et les boutons, qui lâchent souvent en premier. Un bon entretien allonge la durée de vie des tissus, qu’ils soient en coton, en bambou ou en polyester.
Quelle taille acheter pour qu’un vêtement d’enfant dure plus longtemps?
Prends quelques tailles de plus que l’âge actuel de l’enfant, et privilégie un vêtement ample ou doté de bandes évolutives. Un vêtement trop ajusté devient trop petit en quelques semaines, alors qu’un vêtement ample peut se porter pendant des mois, voire des années.
Qu’acheter avec un budget de 100 $ pour les vêtements et accessoires de mes enfants?
Mise sur des pièces qui servent à plusieurs usages ou à plusieurs personnes. Par exemple : un chandail long ample (45 $), un wetbag qui suit l’enfant de la couche à la natation (25 $), un coussin réconfort (20 $) et un sac à collation fait d’anciens sacs de bonbons (7,50 $), pour un total de 97,50 $ avant taxes.
Comment éviter d’acheter des vêtements d’enfant à usage unique?
Pose-toi cette question avant d’acheter une pièce thématique : est-ce que ça se porte encore en mai? Un vêtement de Noël ou de la Saint-Valentin porté une seule fois pour une photo est un achat à usage unique, alors qu’un motif de saison sur une coupe qui se porte toute l’année peut durer bien plus longtemps.
À propos de l’autrice
Joanie Dyotte est designer de mode diplômée et propriétaire de Les petits rêveurs, une boutique de Blainville qui crée des vêtements et des accessoires écoresponsables, colorés et réconfortants pour les enfants et leurs mamans. Ses créations en prêt-à-porter et sur mesure sont cousues à la main, souvent à partir de tissus récupérés, avec un souci constant de durabilité, de confort et de budget réaliste pour les familles du Québec. Elle croit qu’on n’a pas besoin d’être parfaite pour bien faire : faire sa part, c’est déjà excellent. Retrouve-la sur son site ou sa boutique Pinterest ou passe la voir à Blainville.

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